
Objet : « Réponse méthodique au bilan critique des droits de l’homme dressé par l’ASADHO »
Kinshasa, 4 juin 2026 – L’ambassadeur PCA Jean Thierry Monsenepwo a réagi aux déclarations du président de l’ASADHO, Jean-Claude Katende, relayées par Netic News le 4 juin 2026. Dans une mise au point détaillée, il conteste les conclusions de l’activiste des droits humains et appelle à une analyse fondée sur des données vérifiables plutôt que sur des perceptions générales.
1. Une comparaison qui manque de fondements scientifiques
Selon Jean Thierry Monsenepwo, l’affirmation selon laquelle la RDC se trouverait aujourd’hui « presque dans la même situation que sous le président Kabila » ne repose sur aucun élément d’évaluation comparée.
Pour établir une telle comparaison, explique-t-il, il faudrait s’appuyer sur des indicateurs précis tels que le nombre de détenus politiques reconnus, l’accès à l’assistance judiciaire, la durée moyenne des détentions préventives, l’indépendance de la justice ou encore le niveau de liberté de la presse.
« En droit international des droits de l’homme, l’intuition ne remplace jamais la démonstration », souligne-t-il.
2. Arrestations arbitraires : la nécessité d’apporter des preuves
Réagissant aux accusations d’arrestations arbitraires, Jean Thierry Monsenepwo estime que la comparaison avec les pratiques de l’ANR sous l’ancien régime exige davantage de rigueur.
Il rappelle que le cadre juridique actuel prévoit des mécanismes de contrôle judiciaire, l’intervention de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) ainsi que des possibilités de recours devant les juridictions compétentes.
Selon lui, la véritable question est de savoir si ces violations relèvent d’une politique systématique de l’État ou de dérives individuelles. À cet effet, il invite ses contradicteurs à présenter des cas documentés, vérifiables et étayés par des décisions judiciaires.
3. La responsabilité présidentielle ne signifie pas centralisation du pouvoir
Concernant les critiques adressées au chef de l’État pour avoir déclaré ne pas être informé de certaines arrestations locales, l’ambassadeur estime que cette lecture méconnaît les principes fondamentaux de l’État de droit.
« Un président de la République n’est ni officier de police judiciaire ni procureur », rappelle-t-il, soulignant que la séparation des pouvoirs interdit précisément la centralisation de toutes les décisions judiciaires au sommet de l’État.
Pour lui, la responsabilité présidentielle doit être appréciée à travers les mesures prises lorsqu’une violation est portée à la connaissance des autorités, notamment les enquêtes, sanctions ou suspensions éventuelles.
Des avancées que l’ASADHO passerait sous silence
Jean Thierry Monsenepwo reproche également à Jean-Claude Katende d’ignorer plusieurs avancées enregistrées depuis l’arrivée au pouvoir du président Félix Tshisekedi.Parmi celles-ci figurent :
la libération de plusieurs détenus politiques au début du mandat ;
la fermeture de certains lieux de détention dénoncés par les organisations de défense des droits humains ;
les poursuites engagées contre des officiers des FARDC et de la PNC impliqués dans des violations ;
l’adoption de la loi portant protection et responsabilité des défenseurs des droits humains ;
le maintien d’un espace civique permettant l’organisation de manifestations et de conférences de presse critiques.
Selon lui, minimiser ces avancées reviendrait à adopter une lecture sélective de la réalité.
5. Pour une lecture nuancée de la situation
En conclusion, l’ambassadeur estime que le bilan des droits humains en RDC ne peut être réduit à un jugement binaire.
Il reconnaît l’existence de défis persistants, notamment dans le contexte de guerre à l’Est du pays et des faiblesses institutionnelles encore présentes. Toutefois, il considère que plusieurs progrès institutionnels sont observables et méritent d’être pris en compte dans toute évaluation objective.
« La réalité est plus complexe : des progrès réels coexistent avec des défis importants. C’est cette nuance qui doit guider toute analyse sérieuse de la situation des droits humains en République démocratique du Congo », conclut-il.
Enfin, Jean Thierry Monsenepwo se dit disposé à participer à un débat public contradictoire, fondé sur les chiffres, les textes de loi et la jurisprudence, devant la presse, une commission parlementaire ou un auditoire universitaire.
Gary Ngali
